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PAIX SUR LA TERRE - MESSAGE DE NOËL 2011

Chrétiennes et chrétiens, hommes et femmes de bonne volonté, notre responsabilité par rapport à la terre et à son usage est un devoir sacré. La protection de l’environnement et le bon usage de la terre nous incombent. Nous ne pouvons pas brader de manière inconsciente cette terre héritée des ancêtres comme beaucoup le font, ou encore nous en laisser déposséder sans rien faire. Au contraire nous devons la garder et la soigner afin de la transmettre à nos enfants.


MESSAGE DE NOËL 2011

DE LA CONFÉRENCE ÉPISCOPALE DU TCHAD

Jean-Claude BOUCHARD, évêque de Pala, président de la CET
Matthias NGARTERI, archevêque de N’Djaména
Michel RUSSO, évêque de Doba
Edmond DJITANGAR, évêque de Sarh
Miguel SEBASTIAN, évêque de Laï
Rosario Pio RAMOLO, évêque de Goré
Joachim KOURALEYO, évêque de Moundou
Henri COUDRAY, vicaire apostolique de Mongo






Le monde s’apprête à célébrer Noël, fête de la paix que Dieu déclare aux hommes en leur envoyant son Fils, le « Prince de la paix ». À cette occasion, notre Conférence Episcopale adresse son traditionnel message de Noël à l’Église-Famille de Dieu qui est au Tchad et à toutes les personnes de bonne volonté. Nous sommes particulièrement préoccupés par les menaces que font peser sur la paix dans notre pays les situations conflictuelles, notamment dans le domaine foncier. On note un nombre toujours croissant de conflits au sujet de la terre entre individus, communautés ou même membres d’une même famille. L’Église catholique ne peut rester indifférente, tant cette question touche l’existence même des personnes sur le plan économique, social, culturel et spirituel. Il y va de la paix au sein de la nation et des communautés qui la composent. Ce souci de l'Église rejoint la préoccupation de tout le continent africain (« Déclaration de Syrte sur les problèmes et enjeux fonciers en Afrique » 2009). D'ailleurs, les plus hautes autorités de l’État ont pris la mesure de la situation en créant le Ministère des Affaires Foncières et du Domaine.
LA TERRE, LIEU PREPARE PAR DIEU POUR L’HOMME
1. Dans les récits de la création, la Bible souligne les relations vitales de l’homme avec le sol dont il a été tiré et dont il doit vivre. Dieu a créé la terre comme un jardin de bonheur, le « paradis ». Il y a mis toutes les conditions nécessaires pour que l’homme y vive heureux : eau, nourriture, compagnie animale, compagnie humaine. Il lui confie la responsabilité de continuer la création en la développant par son travail pour en tirer sa subsistance (Gn 1,27). Cette mission unique que Dieu confie à toute l’humanité fait devoir à tous de veiller sur la terre et donne aussi droit à tous d’avoir part à la jouissance de ses ressources.
L’homme doit rendre compte à Dieu
2. Les relations de l’homme avec son environnement sont pacifiques: il vit en harmonie avec la nature, il vit en harmonie avec son semblable, différent de lui mais qu’il reconnaît comme de même nature que lui. Il vit en harmonie avec Dieu qui lui a confié la terre. Celle-ci est un don de Dieu (Ps 115,16), assorti d’une bénédiction. Dieu en reste le propriétaire et l’homme devra lui rendre compte de son usage. Ce don de la terre souligne le lien existentiel entre l’homme et sa terre et fonde la mystique de la « terre promise ».
La convoitise et ses conséquences
3. Hélas, l’homme renonce à la loi divine et au bon jugement pour n’écouter que les voix irrationnelles de l’orgueil et de l’instinct de conservation. Ainsi poussé par son appétit insatiable et incontrôlé de « manger » sans discernement, il cause son propre malheur : la nature devient hostile, les relations avec ses semblables deviennent violentes, et il s’éloigne de Dieu. La mission de transformer la terre par son exploitation rationnelle devient laborieuse et dégénère en instrument de pouvoir et de domination.
La lutte de conquête pour la terre
4. Les besoins d’espace vital et de sols plus riches pousseront les peuples de la terre à émigrer ou à se lancer dans des guerres de conquête de terres nouvelles (culture, pâturage, points d’eau, minéraux…). Ainsi en a-t-il été de tous les peuples sur tous les continents. Mais la propriété de la terre est pour qui la possède un droit fondamental. La Bible proscrit nommément de convoiter la terre du prochain et ses produits (Ex 20,17) et nul n’a le droit d’arracher la terre d’un autre, même pas le roi, surtout si elle est le fruit d’un héritage (1 R 21,3). C’est pourquoi les prophètes vont fustiger les abus et les violations de la propriété de la terre (Is 5,8 ; Mi 2,2…).
QU’EN EST-IL DU TCHAD ?
5. La grande majorité des populations du Tchad est concentrée dans la zone soudanienne, tant la zone sahélienne est en voie de désertification. La terre devient alors un bien économique d’une importance capitale et représente la seule ressource capable d’assurer la sécurité alimentaire. Mais cette forte concentration de la population exerce une pression qui épuise le sol à une vitesse accélérée. Selon les statistiques officielles, le désert avance vers le sud à raison d’environ 10 km par an. À ce rythme, la zone soudanienne deviendra aussi bientôt zone sahélienne.
Ces changements dans l’environnement se répercutent sur les relations entre les hommes et sur leurs activités de subsistance. En effet, depuis quelques années, on assiste à une course effrénée à la terre qui donne souvent naissance aux conflits qui mobilisent aussi bien les autorités locales que les services compétents de l’État. Comment se pose cette problématique dans les faits ?
Le nomadisme transhumant
6. Le nomadisme transhumant qui se pratiquait sur de grands espaces permettait aux hommes et aux bêtes de trouver de la nourriture et de l’eau pour vivre. Mais avec les frontières étatiques héritées de la colonisation, la liberté de mouvement des pasteurs nomades est réduite et réglementée dans l’espace national par les dits « couloirs de transhumance ». À cela se sont ajoutées les sécheresses récurrentes de ces 40 dernières années, suivies de dégradations de l’environnement, qui les ont obligés à aller chercher la nourriture et l’eau pour leurs troupeaux plus au sud et à s’y établir. On y voit des centaines d’éleveurs avec de grands troupeaux qui se déplacent dans tous les sens sur les terres arables pendant les périodes de cultures. Les agriculteurs sédentaires ne comprennent pas pourquoi ces perpétuels déplacements au mépris du calendrier agricole et des habitants des terres qu’ils traversent.
Mutations parmi les sédentaires
7. Grâce à la disparition de la mouche tsé-tsé dans la zone soudanienne, les agriculteurs associent de plus en plus l’élevage sédentaire à leurs activités habituelles. Ces nouvelles pratiques se trouvent confrontées à celles des nomades dont une grande partie s’est durablement installée sur les terres des agriculteurs. La cohabitation entre les deux communautés, qui était pacifique dans les années 1970, s’est progressivement transformée en opposition quasi permanente, parfois en conflits violents.
L’accaparement de terres rurales
8. L’équilibre des sociétés rurales est basé sur des règles ancestrales de gestion communautaire des terres, non seulement au Tchad, mais sur l’ensemble du continent africain. Dans les sociétés rurales tchadiennes restées fondamentalement traditionnel-les, la propriété foncière est collective et le passage à la propriété individuelle n’est pas précisé par la tradition, sauf si on y a planté des arbres fruitiers. Dès lors, vendre sa terre devient un acte illégal. Même le chef de terre n’a que le pouvoir de l’attribuer et non de la vendre.
Vains efforts de l'État
9. Cependant, pour promouvoir le développement rural, la loi 23 du 31 juillet 1967 a été promulguée: elle donne la possibilité à tous les citoyens désireux de faire de la production agricole ou pastorale, d’obtenir gratuitement jusqu’à 10 hectares de terrain rural, pourvu que l’on ait l’accord des communautés responsables. La loi de finances de 1986 a modifié cette disposition en réduisant la superficie à 5 hectares.
Malheureusement, cette loi a été utilisée par des citoyens peu scrupuleux, pour s’octroyer des centaines d’hectares, à but spéculatif, ou en prévision de projets étatiques d’envergure, asservissant ainsi des populations rurales peu avisées. Celles-ci se voient dépossédées de leurs terres, arrachées ou « vendues », à l’insu des chefs de terre, par les chefs de village nommés par l’administration et qui n’ont pas de liens particuliers avec la terre.
Le non-respect des textes ou leur interprétation partisane en faveur des riches ainsi que l’appropriation individuelle illégale des domaines fonciers obligent parfois l’État à recourir au déguerpissement.
Accaparement des zones de pêche
10. Il en est de même des populations vivant de la pêche. De nombreux allogènes qui, par la corruption des agents de l’État, se font délivrer des permis de pêche, vident non seulement nos cours d’eau de poissons, moyens de subsistance des populations, mais privent également ces dernières de leurs zones de pêche. C’est le cas entre autres des rives du Chari, du lac Iro et du lac Tchad.
Une situation nouvelle
11. Si dans les années 1970 les nomades respectaient les coutumes des agriculteurs et trouvaient à leurs différends des solutions à l’amiable, ce n’est plus le cas depuis une vingtaine d’années où les nomades se comportent sur les terres des sédentaires comme en territoire conquis. La dévastation des champs, les vols de bétail, et les installations anarchiques ne sont pas punis par les autorités compétentes, soit qu’elles sont corrompues, soit que les éleveurs sont protégés par un « grand ».
Ces conflits ne se produisent pas que dans la zone soudanienne où on pourrait les attribuer aux antagonismes religieux. Malheureusement, la cohabitation n’est pas plus pacifique dans la zone sahélienne. Au contraire, les affrontements y sont beaucoup plus violents et ne se résolvent que par des arrangements politiques, souvent précaires.
Politisation des conflits du foncier
12. Les conflits autour des terres sont exacerbés par des personnes extérieures aux communautés. Ce sont de grands commerçants, des politiciens ou des militaires qui non seulement utilisent les éleveurs comme employés pour garder leurs troupeaux, mais les arment de fusils de guerre pour narguer et soumettre les paysans dont les fusils de chasse sont confisqués sur simple dénonciation.
Dans le Moyen Chari et le Logone, certains éleveurs sont allés jusqu’à demander la création de cantons nomades pour n’avoir pas de comptes à rendre aux autorités locales. Ils continuent à payer l’impôt dans leur région d’origine comme si ce n’était pas un même territoire national.
La cohabitation, telle que pratiquée aujourd’hui dans le sud et le centre du pays, ne pourra jamais être apaisée si les comportements des uns et des autres ne changent pas. A observer les pratiques, on est tenté de penser logiquement à une stratégie de domination d’un groupe sur un autre, une volonté réelle de spoliation des agriculteurs par des éleveurs qui conduira fatalement les premiers à abandonner leurs terres ou à y devenir étrangers.
Spéculation foncière
13. Mais aujourd’hui, une nouvelle tendance se manifeste dans toutes les régions : la spéculation foncière. Des individus bien placés ou riches achètent toutes les terres agricoles, d’habitation ou susceptibles d’abriter des activités industrielles, notamment pétrolières. Ils les accaparent pour les revendre plus tard. Certains n’hésitent pas à faire main basse, au détriment de la collectivité, même sur les domaines ou réserves de l’État. Ils trompent les paysans et les chefs de villages avec des sommes dérisoires, pour acquérir des dizaines, voire des centaines d’hectares. Ces personnes qui connaissent les lois sur le foncier, par le biais des services du cadastre, spolient ainsi de leurs terres de nombreux paysans, parfois des communautés entières.
14. Mais il arrive que des paysans eux-mêmes bradent leurs terres à cause de la désintégration du monde rural, de la mauvaise gestion, de l’absence de sécurité sociale, de la faim, des maladies chroniques, etc. Ils se retrouvent du coup sans terre, donc sans travail. Que vont-ils devenir ? Il faut se poser la question.
Une situation explosive
15. Société rurale déstabilisée, familles désintégrées, la situation est explosive. Privés des parcelles qui assuraient leur survie et préparaient les jeunes à leur responsabilité sociale, beaucoup de paysans iront grossir les rangs des ruraux en ville. L’occupation des terres au détriment des familles paysannes par des tiers riches, parfois étrangers, soumettra de plus en plus la production agricole à la loi du marché et entretiendra l’insécurité alimentaire de manière endémique.
Les risques de conflits de génération sont aussi à craindre car les enfants, revenus de l’exode rural, remettront en cause les ventes ou cessions opérées par les parents. Ils s'opposeront à eux sur l’exploitation des quelques parcelles familiales, devenues insuffisantes pour satisfaire les besoins de tous.
Deux lois foncières
16. Le gros problème du foncier au Tchad est sans nul doute la juxtaposition de deux lois, moderne et traditionnelle. Chacune a ses faiblesses. La moderne, d'abord, du fait qu'elle ne prend pas en compte le droit traditionnel et que les citoyens l'ignorent. Les cultivateurs, ne disposant pas à temps de l’information pour se protéger, se retrouvent dépossédés de leurs terres ancestrales. La forte bureaucratie et la corruption des agents des services du cadastre rendent ces services inaccessibles aux citoyens ordinaires.
Mais la loi traditionnelle a aussi ses faiblesses, surtout du fait de la primauté accordée à la collectivité au détriment de l'individu. Dans certaines régions les femmes sont exclues de l’accès à la propriété foncière alors qu’elles représentent une force économique indéniable.

Terre et identité
17. Etant donné que l’accès à la terre est étroitement lié à l’identité et à l’appartenance ethnique ou clanique, la terre a toujours été perçue comme une ressource marquant l’identité. Cela signifie qu’au-delà de la défense de la terre, se profile la défense de l’identité. C’est dire qu’un peuple spolié de sa terre est un peuple sans passé, sans culture et donc sans avenir. Si l’État ne prend pas des mesures pour arrêter ce phénomène d’accaparement et de ventes anarchiques des terres, nous allons nous retrouver dans quelques années avec des milliers de paysans sans terre et les conséquences seront incalculables, comme on l’a vu sous d’autres cieux.
UNE RESPONSABILITE COMMUNE
18. Nous saluons le souci manifesté par l’État de répondre à ces questions préoccupantes sur la gestion de la terre, par exemple : la lutte contre l’abattage abusif des arbres et l’opération barrière verte pour freiner l’avancée du désert; l'amélioration de l’accès à l’eau pour les hommes et le bétail; l'élaboration en cours d'un code pastoral; la mise en place d'un Ministère des Affaires Foncières et du Domaine.
Quant à la dégradation de l’environnement, même imputable aux aléas climatiques, elle aurait pu être freinée si les hommes, confrontés à cette force de la nature, en avaient été conscients. A tous les niveaux et pendant des décennies, les Tchadiens ont abusé de la nature comme s’il s’agissait d’une richesse inépuisable. Ils n’ont pas pris conscience des contraintes que cette situation induit sur leur vie et leurs biens, et moins encore sur les rapports des uns avec les autres.
Appels
19. Au vu de tout cela, nous estimons qu’il est urgent que le Gouvernement, par le Ministère des Affaires Foncières et du Domaine, prenne des mesures appropriées pour :
- Harmoniser les lois coutumières et modernes afin de favoriser une coexistence pacifique des différentes communautés vivant sur le territoire national.
- Définir soigneusement le mandat de représentants locaux capables d’apprécier les besoins réels de leurs communautés et de les impliquer dans le processus de lotissement et d’attribution des terrains et domaines.
- Étudier et déterminer soigneusement les conditions de passage de la propriété collective à la propriété individuelle.
- Garantir par des textes clairs l’accès à la propriété de la terre à tous les citoyens sans distinction de sexe ou de région.
- Urger la mise en place d’un code pastoral pour harmoniser l’élevage et l’agriculture. Pour cela il est nécessaire de promouvoir une agriculture et un élevage intensifs sous contrôle afin de permettre le maintien du ratio cheptel/capacité de pâturage. Cela exigera une éducation populaire et un enseignement scolaire solides, avec le renfort des médias.
20. L’expérience des différentes législations foncières dans les pays de la zone sahélienne qui ont résolu ce problème pourrait inspirer notre Assemblée Nationale de proposer des lois visant à améliorer la qualité de vie des populations qui vivent des produits du sol. Des structures d’éducation et de formation spécifiques sont à créer pour renforcer les capacités des ruraux (agriculteurs, éleveurs et pêcheurs) afin de les rendre compétitifs dans leurs secteurs d’activité et capables de faire face aux défis des mutations.
Devant le phénomène récurrent de la sécheresse et des aléas climatiques, il conviendra de mettre en place des infrastructures pouvant permettre une plus grande maîtrise de l’eau (éoliennes, barrages, puits) et une diversification des activités du monde rural (aviculture, pisciculture, apiculture…). Ce sera le moyen d’atteindre les objectifs de la sécurité alimentaire des populations locales.
21. Chrétiennes et chrétiens, hommes et femmes de bonne volonté, notre responsabilité par rapport à la terre et à son usage est un devoir sacré. La protection de l’environnement et le bon usage de la terre nous incombent. Nous ne pouvons pas brader de manière inconsciente cette terre héritée des ancêtres comme beaucoup le font, ou encore nous en laisser déposséder sans rien faire. Au contraire nous devons la garder et la soigner afin de la transmettre à nos enfants.
En célébrant Noël, nous ne pouvons pas ne pas penser que le Fils de Dieu fait homme est né à Bethléem, terre de son ancêtre David. C’est Lui le Prince de la Justice et de la Paix qui vient rassembler et réconcilier tous les peuples et en faire une seule famille.
Accueillons le message de Paix qui nous vient du ciel :
« Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes car Il les aime ! ».
BONNE FÊTE DE NOËL ET HEUREUSE
ANNEE 2012 A TOUS !

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